Le Miroir Tribal
Dans les cavernes d’hier, le feu creusait l’effroi,
Les ombres sur la pierre agrandissaient les rois,
Les chefs brandissaient l’os, le silex et la foi,
Et dressaient leur pouvoir sur la peur et la loi.
Dans notre monde “civilisé”, même vertige viril,
Les chefs changent d’habit, mais rarement de profil,
Les milliardaires mégalomanes paradent, souverains,
Drapés d’archaïsme sous des costumes contemporains.
Hashtags remplacent silex, tweets pour sagaies,
Le messianisme rêve encore de nouvelles croisades,
Sous le fracas des chefs, nos voix deviennent lointaines,
Nous chantons “liberté”, mais forgeons nos chaînes.
Nous croyons avoir quitté la caverne et ses idoles,
Mais nous cherchons encore des pères et des symboles,
Des héros à suivre, des ennemis à montrer,
Comme si penser ensemble empêchait d’exister.
Alors, peuple-singe, briseras-tu le cycle fatal ?
L’humanité mûrira-t-elle hors du ventre tribal ?
Saurons-nous déposer les couronnes et les armes,
Et regarder l’autre sans drapeau dans le regard ?
Car peut-être qu’un jour, au-delà de nos frontières,
Nous comprendrons enfin cette évidence première :
Aucun chef, aucun dieu, aucun clan triomphal
Ne vaut un homme libre échappé du tribal.
Fabien Gaudin
