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Fabien Gaudin

Tous les poèmes

Retournons l’admiration

Couplet 1 — Le grotesque du spectacle

Ils font des couronnes avec des coquilles vides,
Des millions de regards pour un pas de côté,
Un homme ouvre une boîte, on crie au génie,
Un autre sauve une vie, on ne l’a jamais vu.
Des foules font la queue devant des vies en vitrine
Qui gaspillent l’eau, l’air, le temps, la lumière,
Et nous, le front baissé sur nos écrans complices,
On offre notre nuit à des soleils de verre.

Refrain

À qui donnons-nous la lumière ?
À qui donnons-nous nos regards ?
À ceux qui brillent pour eux-mêmes,
Ou ceux qui veillent dans le noir ?
Combien de mains sauvent le monde
Sans jamais passer sur nos écrans ?
Combien de gloires ne sont que des ombres
Sous les projecteurs aveuglants ?
La lumière n’est pas un royaume,
Ni quelque chose à posséder.
Elle grandit quand on la donne,
Elle s’éteint quand on veut la garder.

Couplet 2 — La nuance

Je ne dis pas que celui qu’on acclame
N’a jamais rien donné de vrai.
Ni que celui qu’on ne nomme pas
Porte toujours la vérité.
Il est des mains anonymes qui se ferment,
Des cœurs connus qui savent aimer.
Ce qui me révolte, c’est la gloire en elle-même
Quand elle remplace ce qu’on a fait.

Couplet 3 — Notre complicité

Nous payons, nous cliquons, nous jalousons,
Nous nourrissons ce qui nous vide.
Nous voulons des dieux à portée de pouce
Pour oublier que nous sommes vivants.
Mais l’admiration n’est pas un jouet :
C’est une eau qu’on verse où l’on veut voir pousser.
Si nous cessons d’applaudir le vide,
Nous entendrons les mains qui bâtissent.

Pont — La lumière parle

Je ne suis pas votre projecteur,
Ni le reflet de vos grandeurs.
Je suis la flamme qui voyage,
D’une main vers une autre main.
Je ne demande pas de trône,
Je demande des passeurs.
Le monde ne tient pas
Sur ceux qu’on voit,
Mais sur ceux qui tiennent.

Dernier refrain — Le retournement

À qui donnons-nous la lumière ?
À qui donnons-nous nos regards ?
À ceux qui brillent pour eux-mêmes,
Ou ceux qui veillent dans le noir ?
Combien de mains sauvent le monde
Sans jamais passer sur nos écrans ?
Combien de gloires ne sont que des ombres
Sous les projecteurs aveuglants ?
La lumière n’est pas un royaume,
Ni quelque chose à posséder.
Elle grandit quand on la donne,
Elle s’éteint quand on veut la garder.

Final

Alors retournons l’admiration,
Comme on retourne la terre pour semer :
Non pas pour éteindre des visages,
Mais pour éclairer ce qui éclaire.
À ceux qui réparent, portent, soignent,
Nettoient, accueillent, plantent, relèvent,
À ceux qui donnent sans se montrer,
Retournons l’admiration.

Fabien Gaudin

Ce poème est devenu une chanson : voir le clip.