Étendard
I
L’Europe, ce phare oblique —
drapeau lâche dans la tempête,
planté dans l’écume d’un siècle
qui monnaie ses peurs en silence.
La mer se déchire.
Les vents mentent.
Chaque nuit, une lumière tombe:
murs, barbelés, mots effacés.
II
Elle a vu des bouches s’éteindre,
des mains lancer des pierres
à ceux qui tenaient la lampe.
Elle-même, parfois,
a détourné les yeux.
Ses lois sont des vitraux:
belles, froides, si fragiles
qu’un éclat de voix suffit
à les fêler pour toujours.
III
Pourtant, elle tient.
Écorchée. Muette.
Comme un arbre noir
qui persiste à germer.
IV
Et si elle vacille,
si son sang pâle
coule entre ses frontières,
qui rallumera
cette braise minuscule
qu’on appelait
humanité?
Fabien Gaudin
Autres versions
Version Originale
L’Europe est encore ce phare,
cet étendard imparfait de la liberté,
dressé au bord d’un monde
qui s’enferme doucement dans ses peurs.
La mer est agitée.
Les vents sont contraires.
Autour, la lumière s’éteint, une à une,
derrière des murs, des slogans, des chaînes.
Mais elle tient.
Fatiguée. Fragmentée.
Et pourtant debout.
